Burn out maternel, Marie Christine Eustache nous en parle

La maman peut avoir un sentiment de culpabilité pour ne pas être la mére parfaite qu’elle voudrait être. Elle peut donc chercher à en faire toujours plus pour être cette mére idéale. Le fait de ne pas se sentir à la hauteur, elle peut avoir l’impression d’être une mauvaise mére. D’autant plus que nous avons dans notre société ce mythe de l’instinct maternel où la maman aurait un don naturel pour l’éducation de son enfant.  Avec ce poid de la société où il est naturel d’être une mére parfaite, des difficultés peuvent être vécus comme un véritable tabou et conduire au burn out maternel.

Hors, dans la réalité, l’instinct maternel ou paternel pour le papa n’est pas quelque chose d’inné. La parentalité est quelque chose pour laquelle nous n’avons pas été formé, il est donc difficile d’être des parents parfaits. Il est important de l’accepter et de lâcher prise car trop courrir aprés cet idéal peut conduire jusqu’au burn out.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Marie-Christine Eustache qui a connu le burn-out maternel et qui nous fait part de son expérience avec son livre « le burn out maternel, comment j’en suis sortie »

Bonjour Marie-Christine, quelle est ton histoire ? Ton parcours ?

Pour résumer, j’ai fait un burn out maternel en 2003, j’étais à l’époque maman de 2 petites filles qui avaient 6 ans et 2 ans. J’étais en congé parental pour m’occuper de nos enfants, mon conjoint était commercial et peu disponible étant en déplacement toute la semaine.

Il a eu un grave accident alors que notre 2ème fille n’avait que 6 mois, cela a grandement aggravé ma fatigue à l’époque.
Ensuite, la révélation d’un secret de famille me concernant a ajouté une couche supplémentaire à l’épuisement déjà bien installé. J’ai du donc faire une thérapie pendant 1 an pour être remise d’aplomb.
Nous avons eu une troisième fille, et à partir de 2007, je suis repartie dans une spirale d’épuisement familial qui a abouti à un divorce en 2010.
Suite à cela, j’ai de nouveau entamé un travail thérapeutique puis je me suis formée pour devenir coach.

Merci Marie Christine, ensuite pourquoi as-tu fais ce livre ?

Ce livre est le fruit d’un travail de 18 mois avec la réalisation d’un rêve qui est celui de témoigner de mon parcours et de ce que ce bouleversement m’avait apporté, de ce que j’avais compris de cette aventure.
Le burn out au sein de la vie familiale est quasiment inconnu du grand public mais aussi et surtout des professionnels de santé. Il est souvent qualifié sous l’étiquette « dépression » or ce sont deux processus différents.

Comment définirais-tu donc le burn out maternel ?

Tout d’abord, le burn out maternel est à différencier du baby blues qui arrive juste après la naissance et de la dépression du post partum qui arrive directement en continuité du baby blues.

Le burn out maternel peut aussi toucher les hommes lorsque ce sont eux qui prennent la plus grosse partie des activités autour des enfants. Cela peut arriver plusieurs mois, voir plusieurs années après la naissance. Par exemple, la personne la plus âgée que j’ai eu à accompagner avait des enfants de 23 et 24 ans !

Il se présente en 3 phases :

  • La première est l’épuisement, c’est une fatigue qui dure plusieurs semaines, qui ne se résorbe pas après du repos. Il est dû à un stress chronique moral, émotionnel et physique.
  • La deuxième phase est la distanciation, c’est à dire que la personne touchée va mettre à distance les stresseurs. Dans le cadre de la vie de famille avec les enfants, elle va moins s’en occuper, les mettre plus en garde à l’extérieur, faire preuve de moins d’attention aux besoins des enfants.
  • La troisième phase est le reniement, c’est à dire renier les accomplissements actuels, passés et même futurs.

Au delà de ces trois phases, la personne arrive en dépression, elle a déjà 3 items sur 5 qui déterminent le fait d’être qualifiée « en dépression »

(Pour plus de précisions, je vous invite à lire mon livre dans lequel c’est expliqué, vous trouverez aussi plus de détail sur le site via ce lien)

Quels sont les symptômes du burn out maternel ?

Les symptômes de l’épuisement sont variés. Ils peuvent se manifester au niveau physique par des maux divers, des blessures bénignes à répétition, des difficultés de sommeil, des douleurs musculaires. Au niveau moral ils vont se présenter par des difficultés à penser, à s’organiser, des oublis, un ras le bol d’être « le cerveau pour toute la famille ». Au niveau émotionnel cela se traduit par des colères, des pleurs, des réactions disproportionnées.

Comment le prévenir ?

La première des préventions est l’information. C’est pour cela que j’ai écrit le livre et que j’ai ouvert le site sur le burn out maternel ainsi que ma page facebook.

Ensuite, il est important d’avoir à l’esprit que notre organisme a certes de grandes capacités, mais il est cependant nécessaire de ne pas en abuser. Il faut donc :

  • Se reposer régulièrement avant d’être trop fatigué
  • Manger des aliments sains, frais et de bonne qualité
  • Eviter bien sûr la consommation d’excitants (café, tabac, alcool).

Pour sortir « la tête du guidon » et se changer les idées, toutes les activités qui permettent de s’évader mentalement sont bonnes. Faire un break dans les ruminations intellectuelles quotidiennes aident à revenir en meilleure disposition pour gérer ce qui doit l’être.

Évidement, éviter de surcharger un planning avec moultes engagements qui ne pourront pas être tenus et/ou qui vont créer du stress. Penser aux temps de trajets, aux temps de préparations nécessaire à tout déplacement avec un bébé, voir plus et allonger ce temps d’un quart permet de rester zen en cas d’imprévu.

Les émotions sont là pour nous aider, ce sont nos « radars », nos alertes. La tristesse, la peur, la colère, la joie font partie de nous et les laisser s’exprimer permet de ne pas les stocker à l’intérieur. Plus on stocke de la colère, de la peur, de la tristesse plus elles nous empoisonnent créant ainsi de nombreuses pathologies dont il peut être ensuite difficile de se remettre. Pour les sortir, il y a des outils très simples comme celui de Tal Schaller (visible sur youtube) pour vider la peur et la colère et ainsi être disponible au traitement du problème qui a fait jaillir ces émotions.

Quelles sont les premières actions qui peuvent être menées pour le soulager, notamment par le Papa ?

L’épuisement vient souvent du « trop de choses à faire , à penser». Une bonne répartition des tâches ménagères et vis à vis des enfants est une première actions à mettre en place voir à déléguer à une aide ménagère et/ou familiale quelques heures par semaine pour permettre à la maman de se reposer. L’avantage de l’intervention d’une personne extérieure est que le papa ne va pas lui aussi s’épuiser ce qui peut être le risque à long terme. Cela permet aussi d’avoir un temps pour le couple ce qui est primordial pour éviter les ruptures.

Reconnaître la fatigue et l’investissement de la maman vis à vis du ou des enfants. Le simple fait de dire avec empathie « je comprends que tu sois fatiguée, tu en fais tellement pour nos enfants » et la prendre dans les bras pour un câlin de réconfort sans idée sexuelle derrière bien sûr est un moyen de diminuer l’impression de fatigue. Il est bon ensuite de mettre en place les aides nécessaires pour que la charge soit moins lourde à porter.

Répondre aux besoins que la maman exprime évite que la rancœur s’installe. Les besoins sont parfois bien cachés, il sera nécessaire de l’aider à les trouver par exemple en la questionnant « que puis je faire pour t’aider ? » « veux tu que je te prépare un bain et que je m’occupe du petit ? » « aimerais tu que nous fassions une sortie ? »

Et bien sûr, ne pas tarder à consulter lorsque vous sentez qu’il y a quelque chose qui vous semble anormal même si tout le monde vous dit « c’est normal ! ». Derrière l’inquiétude d’un compagnon devenu papa, il y a une raison, il y a une crainte qu’il est bon de dissiper. Et c’est valable aussi pour la maman, consulter dès que possible, une heure suffit bien souvent à faire le point et repartir avec entrain.

Merci beaucoup Marie Christine

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    Augustin, Papa de 2 enfants, nous parle de son expérience sur l'allaitement maternel et pourquoi cela lui a amené à lancer BBletché. Dans cet interwiev, vous trouverez différents conseils avec même des conseils de "grand mére". Bonjour Augustin, pour commencer, comment partages-tu ton temps avec ta famille et ton activité…
    Tags: papa, a, maman, ne, plus, se, maternel

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