Mon enfant est dyspraxique ? Que faire ?

Différents troubles des apprentissages peuvent se manifester chez l’enfant, alors même qu’il présente une intelligence, une socialisation et des capacités sensorielles (ouïe, vue) normales.

Parmi ces troubles, la dyspraxie est encore méconnue et tardivement diagnostiquée, ce qui peut avoir de graves répercussions sur la scolarité et le bien-être de l’enfant. Pourtant, la prise en charge précoce permet, bien souvent, de surmonter ou de palier ses difficultés, et donc d’améliorer considérablement son autonomie et sa qualité de vie.

Qu’est ce que la dyspraxie ?

La dyspraxie est définie comme un trouble de la planification et de la coordination des gestes complexes. Les gestes peuvent être, par exemple, lacer ses chaussures. On parle de dyspraxie qu’après l’âge de 6-7 ans.

Pour réaliser une action, l’enfant doit prendre en compte différentes informations : visuo-spatiales, temporelles, musculaires,… Grâce à la répétition, toutes ces composantes vont être intégrées au niveau cérébral pour former une sorte de « programme », qui sera automatiquement activé lorsque l’enfant devra à nouveau produire ce geste.

Chez l’enfant dyspraxique, cette automatisation échoue et un contrôle volontaire particulièrement coûteux en terme d’attention demeure indispensable pour la réalisation de tout geste. L’enfant n’est alors pas capable d’organiser, de coordonner et de réaliser de façon harmonieuse les gestes du quotidien.

Globalement, l’enfant dyspraxique est maladroit, lent, fatigable ;  ses réalisations motrices et graphiques sont médiocres, brouillonnes ; il éprouve de grandes difficultés dans l’apprentissage de l’écriture.

Les signes qui peuvent vous alerter

  • Il a besoin d’aide pour les gestes de la vie quotidienne (se laver, couper sa viande, s’habiller,…) bien au-delà de l’âge normal ;
  • Il présente un retard graphique important et durable : dessins peu élaborés, difficultés à apprendre à écrire ;
  • Il a du mal à s’organiser (préparer son cartable, ranger ses affaires…) ;
  • Il a du mal à utiliser des outils tels que règle, ciseaux, compas … ;
  • Il est maladroit (renverse souvent les choses, fait tomber les objets, fait lui même des chutes fréquentes,…) ;
  • Il n’aime pas jouer aux puzzles et à tous les jeux de constructions ;
  • Il travaille et mange « salement » ;
  • Il est en difficulté dans les activités sportives (envoyer/attraper un ballon, pédaler, courir, sauter à cloche-pied,…).

Si votre enfant présentent plusieurs de ces signes, il souffre peut-être de dyspraxie.

Quelques conseils pour aider votre enfant dyspraxique au quotidien

– Parfois, l’enfant va réussir à réaliser un geste et cela peut vous faire croire qu’il fait exprès, qu’il ne fait pas d’effort d’habitude. Il a alors droit à la phrase :«Tu vois : quand tu veux, tu peux». Or, ces réussites occasionnelles ne sont pas le reflet d’un manque de volonté. Il est alors important d’éviter les discours culpabilisateur, qui amènent l’enfant à perdre encore plus confiance en lui. A l’inverse, essayez de positiver et d’encourager ses réussites.

– Vous pouvez proposer à votre enfant de « s’entrainer » à réaliser les tâches qui lui sont difficiles. Il est alors nécessaire de bien choisir les moments consacrés à ces exercices. Votre enfant doit être reposé et vous devez vous-même être disponible. Sinon, gare aux échecs qui peuvent dévaloriser l’enfant et instaurer un climat de tension contre-productif. Par exemple, s’il a du mal à s’habiller, aidez-le le matin avant l’école ; vous travaillerez l’habillage plutôt le week-end.

– Pour le quotidien, facilitez-lui les tâches : choisissez des vêtements et des chaussures faciles à enfiler ; préparez des listes des étapes à réaliser pour mener à bien une tâche donnée et demandez-lui de les rayer au fur et à mesure qu’il les réalise.

– Aidez-le en verbalisant toutes les étapes nécessaires à la réalisation d’une tâche, puis encouragez le à dire lui même à voix haute ce qu’il doit faire.

Ces quelques astuces peuvent vous permettre d’alléger les difficultés de votre enfant. Toutefois, s’il existe un réel trouble dyspraxique, une prise en charge par des professionnels s’avérera indispensable.

Pour poser le diagnostic, il est nécessaire de consulter votre médecin généraliste qui vous orientera ensuite vers des spécialistes de la rééducation, tels que les ergothérapeutes. En effet, ceux-ci sont particulièrement qualifiés pour prendre en charge ce type de problématique et aider votre enfant à retrouver un maximum d’autonomie.

Le travail en ergothérapie

L’ergothérapie est une discipline paramédicale, définie comme une thérapie par l’Activité. Elle va agir par des actions de rééducation (travail sur les déficiences cognitives, motrices, sensorielles, psychiques) et de réadaptation (travail sur la compensation des incapacités résiduelles par des aides-techniques, humaines ou environnementales). Elle vise ainsi à favoriser l’indépendance (=capacité à réaliser seul les gestes de la vie quotidienne) et l’autonomie(=faculté à gérer sa vie) de chaque individu.

La prise en charge en ergothérapie  des troubles dyspraxiques est divisée en plusieurs temps :

– Pour commencer, l’ergothérapeute procède à une évaluation de la problématique individuelle ; grâce à un entretien avec l’enfant et son entourage, la passation de tests spécifiques et, éventuellement,  une évaluation « en réel » des situations problématiques spécifiques (à l’école ou au domicile).

Ceci permet d’obtenir un bilan précis des déficiences du sujet mais aussi de ses forces, tout en tenant compte du contexte socio-environnemental dans lequel il évolue.

– Ensuite, il propose des séances de rééducation, à partir d’exercices, de jeux et d’activités créatives sollicitant les fonctions déficitaires. L’utilisation du mode ludique permet de stimuler l’enfant, de l’aider à retrouver du plaisir dans des activités, tout en travaillant sur ses difficultés spécifiques. L’ergothérapeute sera toujours attentif à ce que les progrès réalisés en séances soit ensuite transférés dans les activités quotidiennes et scolaires de l’enfant.

Par exemple, on pourra proposer une activité manuelle qui aboutisse à la création d’un objet décoratif dont il sera fier et pour lequel il aura du tracer, découper, organiser des étapes,…

– Enfin, il pourra envisager des séances de réadaptation si le suivi n’a pas permis de surmonter toutes les difficultés de l’enfant. La réadaptation visera alors à palier les déficits grâce à des aides techniques ou l’acquisition de stratégies compensatoires, afin que l’enfant ne soit pas pénalisé dans ses activités.

Par exemple, on pourra préconiser l’utilisation de l’ordinateur en milieu scolaire, pour éviter la perte de temps et d’énergie dans une copie manuelle peu efficace.

L’ergothérapeute fera aussi le lien avec les parents et les enseignants, afin que les personnes qui entourent l’enfant travaillent ensemble et que les aides proposées soient le plus cohérentes possible.

Article écrit par Nolwenn GORVEL, Ergothérapeute Psychologue clinicienne que vous pouvez contacter sur notre réseau de professionnels

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